6 juin 1944

Récit par Justine Rougemont

Il y a longtemps que nous n’avions  fait pareille fête, depuis le début de l’occupation, je crois.
Je jette ces quelques mots dans ce journal, histoire de ne pas oublier les grands moments de la soirée et je vais me coucher.
Francette fêtait donc ses vingt et un ans, et elle avait bien fait les choses. Elle n’a pas voulu l’avouer mais elle s’était certainement fournie au marché noir, sa mère n’aurait jamais pu avoir tout ça sur les cartes d’alimentation!
Quand je pense qu’avant la guerre on faisait des régimes, j’en rigole. Je ne m’étais jamais rendu compte qu’une tranche de rillettes pouvait être aussi savoureuse. Quand la guerre sera terminée, je promets de ne jamais plus faire la fine bouche. Même le pain était vrai, sans sciure, humm, un régal.

On s’est bien amusés, les garçons étaient en forme, et si Marcel n’a pas pu s’empêcher de déblatérer sur De Gaulle, tout le monde a respecté le désir de Francette de faire comme si la guerre n’était pas là.
Je ris encore du pari qu’elle avait fait, il y a trois mois : si je n’ai pas perdu ma virginité le jour de ma majorité, je couche avec le premier venu, même si c’est un Allemand! Note que si la guerre dure encore longtemps, ça peut lui donner des avantages, surtout si c’est un gradé! Je la crois capable de le faire, d’autant, qu’il y en a un qui lui tourne autour.

Personnellement, j’attends le retour d’André, qui est parti en Angleterre, il y a six mois, nous devons nous marier, dès que ce sera possible.

 

 

J’en ai assez de cette guerre, au début ça bougeait un peu, il y avait de l’action, mais maintenant c’est à croire que tout le monde s’est résigné ? Bon, je vais aller me coucher, heureusement que je peux faire la grasse matinée. De toute façon, c’est vraiment un bled ici, Sainte Mère l’église, quel trou perdu, il ne s’y passe jamais rien! ©